Cartographie et  physique.


                                                                                                       the same in english 

- trois cents francs pour ce plan ancien de la ville d'Hesdin ! N'y-a-t-il donc pas un connaisseur dans la salle? Les enchères dégressives avaient commencé depuis quelques minutes et pourtant aucun client ne se manifestait.

- deux cent cinquante francs ?

C'est alors qu'un doigt  se leva timidement, provoquant la chute du marteau d'ivoire, sur son pupitre.

Et le commissaire-priseur soulagé, d'ajouter:

- Je le tiens mon connaisseur, Monsieur, vous faites une affaire.

Venu pour meubler ma maison, je  ne repartais pas tout-à-fait bredouille et c'est ce jour là que commença ma collection de cartes anciennes (antique maps) du comté de Boulogne, de la Picardie et de l'Artois.

Il faut remarquer que " l'homme au marteau" avait à moitié raison, je sais maintenant que l'objet adjugé était un "Braun Hohenberg" datant de 1580; j'ai donc fait une excellente affaire mais ce n'est pas un connaisseur qui l'a faite.

Connaisseur, je pourrais peut-être le devenir en absorbant l'abondante littérature que j'ai accumulée depuis sur le sujet mais,  je ne le suis toujours pas. Ma démarche est celle d'un amateur qui voit dans l'évolution de la cartographie des liens étroits avec l'évolution de la physique et qui y voit aussi peut-être l'un  des moyens de pratiquer l'interdisciplinarité dans son enseignement au lycée.

 

Jules César qui conquit la Gaule de 58 à 51 av. J.-C, possédait-il des cartes ?

L'Orbis terrarum d'Agrippa qui date de cette époque est aujourd'hui disparu, mais on sait qu'il s'agissait plus d'un itinéraire de voyage que d'une carte au sens où nous l'entendons de nos jours.

Il est possible de s'en faire une idée assez précise en observant les rééditions (certaines  du XVIIème) des  "Antiqua Tabula". Les villes et villages sont joints de manière très rectiligne.

Les documents d'époque romaine devaient se présenter sous la forme:

" pour aller de Lyon ( Lugdunum ! ) à Paris ( Lutécia) tu feras étape à Mâcon puis à...."

La distance entre deux étapes était également évaluée.

De Claude Ptolémée ( II ème siècle  après J.-C) qui a fait récemment son entrée dans les programmes de TS, pour sa vision  géocentrique du monde, il va être question, ici, pour sa "Géographie".  Il semblerait que Ptolémée ne soit  pas vraiment un cartographe mais que ses données  aient permis l'élaboration des premières cartes diffusées.  Dans la "Géographie" de  notre savant grec sont rassemblés des mesures astronomiques (350 points "fixes") et des extraits de récits de voyage (8000 indications de lieux).

La rigueur historique impose de préciser que l'oeuvre de Ptolémée ne nous est parvenue qu'à travers de rares manuscrits anciens (les plus anciens dateraient du Xème siècle).

Gutenberg (Johannes Genfleisch dit)

Dans le courant du XIIème siècle, les Chinois réalisaient des cartes imprimées (encyclopédie Liu Ching Thu). Il vaudra donc mieux présenter Gutenberg (en 1440) comme l'inventeur de la typographie et non comme celui de l'imprimerie.

Au lecteur qui contesterait ce bond de douze siècles dans l'histoire, je ferais remarquer que la première carte imprimée à "grand" tirage (500 exemplaires àBologne en 1477) est, vous l'avez déjà deviné, la transcription de la "Géographie de Ptolémée" .

J'aurais quand même un petit regret, si je  n'évoquais pas les portulans. Les portulans sont des cartes marines (à boussole) réalisées entre la fin du XIIIème siècle et le XVIIème. Sur cette période, les portulans conservent le même aspect de "segments entrelacés" mais il est certain que la signification de ces segments évolue vers un système de coordonnées graduées, avec la redécouverte de la géographie de Ptolémée.

L'invention de l'imprimerie ne signifie pas, pour autant, la disparition des cartes manuscrites. Pendant plus de deux siècles, de nombreuses cartes imprimées seront "finies" à la main  (annotation et coloration).

 

Mercator ( Gerhard Kremer dit) 1512- 1594

Certainement le plus connu des cartographes, il doit sa renommée à la projection qui porte son nom ainsi qu'à la qualité et à la quantité de  sa production ( il est le premier à éditer un "atlas" en 1585) .

Il convient de se souvenir que la projection de Mercator ( encore souvent utilisée de nos jours) conserve les angles mais pas les surfaces.

Au niveau esthétique, le collectionneur que je suis a une nette préférence pour Ortélius. Ortélius cartographe de Philippe II d'Espagne a produit son "Theatrum orbis terrarum" en 1570 ( 15 ans avant l'atlas de Mercator).

Si vous ne  décidez pas  d'entreprendre une collection de cartes du Japon (les records de prix!), il est encore possible, avec un budjet limité de trouver de bonnes cartes de cette époque.

Il est intéressant de savoir que certaines cartes de Mercator ne portent pas sa "signature"; les plaques de ce dernier ont été acquises par Jodocus Hondius (1563-1612), cartographe et fabriquant d'instruments.

De même j'ai une certaine préférence pour Blaeu acquéreur de plaques d'Ortélius et de Mercator.

Willem Blaeu s'établit comme facteur scientifique à Amsterdam en 1599, après s'être formé auprès de Tycho Brahé il commence à imprimer en 1605. La maison Blaeu et son trésor disparaissent dans  un incendie, le 23 février 1672.

 

                                     Mercator  (carte du début du XVIIème)

Cassini

Encore une fois la physique n'est pas loin:

Cassini I (1625-1712) étudia Vénus, Mars et Jupiter, il découvrit aussi deux satellites de Saturne, il est l'un des trois Cassini de la dynastie à avoir été directeur de l'observatoire de Paris.

C'est à Cassini III (1714-1784) et Cassini IV (1748-1845) que l'on doit la célèbre carte.

De cette carte,  Louis XV disait qu'elle lui avait fait perdre plus de territoires  qu'il n'en avait gagnés dans toutes ses guerres.  La France perdait subitement deux degrés de longitude et 3/4 de degré de latitude.

Le physicien que je suis,  voit dans cette triangulation minutieuse,  la première grande opération de mesures commandée par la France .

La triangulation et les relevés astronomiques, nécessaires à l'élaboration de la carte de France, durèrent environ un demi-siècle (jusqu'en 1789) !

L'ensemble cartographique ne fut totalement édité qu'en 1815.

La planche ci-dessous est extraite de l'encyclopédie de Diderot et D'Alembert, elle présente différents instruments d'arpenteur, utilisés à l'époque.

 De nos jours, les cartes commercialisées ressemblent encore beaucoup aux cartes de Cassini. (la seule différence majeure est due à l'impression en couleur).

Il ne faut pas en conclure que la cartographie n'a fait aucun progrès. Encore une fois cette discipline scientifique a bénéficié des progrès technologiques.

L'importance des relevés aériens lors de la dernière guerre mondiale, est bien connue.

L'imagerie satellitaire est en plein développement (entre autres :le programme Spot, pour en savoir plus sur les nouveaux procédés de cartographie, vous pouvez visiter les pages de mon ami Jean-Marie  Nicolas).

Au delà de l'imagerie, de gros progrès sont également à attendre, du côté de son traitement mathématique. En revanche, bien qu' il soit  indéniable que la théorie des fractales permet la création de côtes et de reliefs virtuels et même si la self-similarité est assez évidente dans le cas des côtes bretonnes,  je ne vois pas leur mise en équation (immédiate)  .

 

Si vous avez remarqué une énormité dans la page précédente

ou si vous possédez une carte, de ma région, antérieure au XIXème, en bon état, dont vous désirez vous  séparer pour un prix raisonnable; contactez moi.

pour me contacter: didier.hottois@wanadoo.fr

 Liens anglophones

retour page d'accueil

 

 
                                                                                               . Francité