Que faire de nos poubelles ? 


 

     En 1959, j'étais à l'école primaire, c'est là que notre institutrice nous présenta un objet EXTRAORDINAIRE, c'était une jardinière multicolore qui avait servi d'emballage à une poudre à laver ( à l'époque on disait  de la lessive). La particularité de cet objet qui, pédagogie oblige, fit le tour de la classe, était son extrême légèreté.  Aujourd'hui, cette leçon de chose n'épaterait plus aucun écolier, le polystyrène expansé fait partie de notre quotidien.

   En 1969, c'est en terminale que je fis une nouvelle découverte; sur la paillasse de mon professeur de chimie, il y avait un objet que je n'avais  vu; cela peut paraître incroyable mais les bouteilles d'eau minérale en PVC faisaient tout juste leur apparition ...

   Je pourrais raconter l'achat de ma première voiture, à la fin des années 70 et vanter le confort de ses sièges en polyurétane, mais le but n'est pas ici de raconter ma vie ni même de faire l'historique des matières plastiques; je veux juste en arriver au fait que notre consommation a beaucoup évolué durant les dernières décennies. Malheureusement ces " nouveaux conforts" ne sont pas sans inconvénients, pour ne reprendre que l'un des exemples précédents,  nous buvons en France, chaque année, quatre milliards de bouteilles d'eau. La majeure partie de ces bouteilles est encore actuellement en PVC et va se retrouver dans nos poubelles.

   Dans ces même poubelles, les matères plastiques (PVC mais aussi polystyrène, polyéthylène, polyester ..) représentent en France environ 12 % ; on y trouve aussi du papier et du carton pour 30% , d'autres matières organiques décomposables ( épluchures, aliments non consommés...) pour 25 %; du verre pour 10 %; des métaux (5 %); des textiles (2%). Si vous additionnez les pourcentages précédents vous n'arrivez pas à 100%; dans notre poubelle il y a aussi des balayures des scories, des cendres ...

     Que faire de ces déchets ?

Les possibilités ne sont pas infinies, certains enfouissent, d'autres  brûlent, d'autres enfin recyclent.

Terrasser

La mise en décharge n'est pas concevable pour la totalité de nos ordures ménagères, pour des problèmes de volume mais aussi pour des problèmes de pollution.

La mise en décharge de métaux lourds, quelle que soit la qualité de l'installation, n'est jamais sans risque de contamination des eaux souterraines. Il faut craindre la pollution par les métaux lourds ( mercure contenu dans certaines piles mais aussi plomb, étain ...).

Nos poubelles contiennent aussi parfois des poisons violents. (certains produits de nettoyage, de bricolage, raticides, insecticides et fongicides divers).

Recycler (valorisation matière)

Voilà une bonne idée!

Encore faudrait-il l'appliquer lorsqu'elle est applicable: toujours en France, une bouteille de verre  sur trois est déposée dans un conteneur, 97 % du papier n'est pas recyclé.

Pour les matières plastiques, je n'ai pas trouvé les statistiques mais il est évident que le recyclage matière est très peu appliqué.

Le recyclage du verre économise de l'énergie, celui du papier économise de l'eau , enfin celui des plastiques économise une matière première qui n'est pas inépuisable: le pétrole.

Le recyclage devra donc se développer mais il faut savoir que tout n'est pas recyclable ( en particulier le problème du polyurétane me préoccupe) et pour des raisons économiques, il faudra aussi admettre que certaines substances dont les volumes sont peu importants ne seront pas recyclées.

Incinérer (valorisation énergétique)

Tout ne brûle pas.

Une partie du contenu de nos poubelles est combustible mais non sans danger, à titre d'exemple:

- La combustion des PVC ( 24% des matières thermoplastiques utilisées en France) libère de l'acide chlorhydrique.

- La combustion du polyurétane est succeptible de libérer du cyanure d'hydrogène (utilisé dans les chambres à gaz aux USA !).

- Il va aussi de soi qu'il est très dangereux d'envoyer des métaux lourds dans l'atmosphère.

- Un risque souvent évoqué est celui lié à la dioxine:

Il est certain que les dioxines sont très dangereuses pour l'homme  même en très faibles quantités( la catastrophe de Seveso est due à de la dioxine provenant d'un réacteur chimique et non d'un incinérateur) . Un autre fait incontestable est que les incinérateurs produisent de très faibles doses de dioxine(des doses si faibles que la mesure en est difficile). Certains responsables d'incinérateurs affirmeront qu'il n'y a aucun danger, certains écologistes prétendront que ce n'est pas le cas, à ce jour, je ne sais pas de quel côté me ranger mais ce qui est sûr c'est que la question vaut d'être étudiée et que dans le doute il faut redoubler de prudence ! C'est le principe de précaution. (*)

Vous avez compris qu'il faudra :

      Terrasser  Recycler Incinérer et qu'avant d'en arriver à ces trois opérations, il faudra

                                   TRIER

Le tri sera facilité par l'implantation de conteneurs; même si des améliorations sont possibles,  il est impossible d'envisager un conteneur ou un compartiment de poubelle par déchet.

Nécessairement des centres de tri (et de tri très sélectif !) devront être implantés. Comme lieu d'implantation, il est possible de penser aux sites "réhabilités " de certaines anciennes décharges.

De ce tri sortiront des matières trouvant directement preneur : les métaux, le verre, les tissus, le papier et le carton, certains plastiques. Si vous reprenez les pourcentages donnés au début de cet article, il reste à traiter moins de 50 %  du contenu de notre poubelle.

C'est là que peut intervenir un autre type de recyclage qui n'a pas été évoqué ici: le compostage. Ce traitement toucherait 30 % de notre poubelle. Le succès mitigé des expériences de compostage réalisées à ce jour, est dû à une mauvaise qualité du tri. Un horticulteur ou un maraicher supporte mal (et   on le comprend) d'utiliser un compost contenant des morceaux de matière plastique ou de verre.

Les installations de compostage pourraient également être implantées sur les sites de certaines anciennes décharges.

Il resterait ainsi à répartir moins du quart de nos poubelles entre des centres spécialisés (piles au mercure, les poisons évoqués plus haut ...)  ; les  centres  d'enfouissement               ( poussières et cendres ménagères, balayures ...) et enfin les incinérateurs existants.

Le parc des incinérateurs français est très hétérogène, certains présentent déjà des conditions satisfaisantes de fonctionnement, d'autres devront être mis aux normes, d'autres, enfin, mal implantés ou trop anciens devront être fermés.

 

   La première partie de cet article a été rédigée sous le contrôle des autres scientifiques de la commission pollution-déchets du GDEAM. La deuxième partie (stratégie d'élimination) est un résumé du travail de cette même commission.

Nous espérons ne pas avoir été trop techniques.

Beaucoup des statistiques données ici sont extraites du livre bleu de la fondation Ushuaia (chez Gallimard).

Comme d'habitude, le GDEAM met sa bonne volonté et ses compétences au service de tous ceux qui sont décidés à laisser une planète aussi propre qu'ils l'ont trouvée.

didier hottois ( octobre 1997)
 

(*) En juin 1998, plusieurs cas de contamination du lait de vache, par la dioxine, ont été révélés; plusieurs incinérateurs ont été fermés, d'autres doivent l'être prochainement.
La "principe de précaution " que nous évoquions, il y a quelques mois, était donc de rigueur.                ( retour dans le texte)
 
 

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